Ce film sortit en 1980 et il est resté gravé dans la mémoire de bien des gens. Stanley Kubrick semble avoir étudié chaque scène attentivement. Il évite d'avoir à utiliser des effets spéciaux visuels et s'en remet à des plans de caméras et sons saisissants. C'est compréhensible parce que plusieurs passages du livre n'auraient pû être réalisés qu'avec un immense budget et quelques années supplémentaires de technologie digitale. C'est d'ailleurs l'effort qui fût entâmé par la suite dans une mini-série télévisée dont Stephen King lui-même rédigea le script puisqu'il était insatisfait de la première version.
La hantise de l'hôtel n'est pas suggérée, passive ou subtile comme c'est souvent le cas dans les films de fantômes. Quand un esprit fait sa place, on le sait. Ils ne sont pas transparents, ils le chuchottent pas; Ils se tiennent à côté de vous comme s'ils étaient là. Un son strident désigne chaque scène où quelque chose ne tourne pas rond. C'est très efficace et de plus en plus à mesure que les années passent parce, ces jours-ci, on a l'impression d'avoir tout vu, tout essayé. Maintenant, on ne donne plus d'importance aux personnages. Dans les films, maintenant, un meurtre ce n'est qu'un meurtre de plus.
The Shining nous fait prendre conscience de chacun de ses détails. Une caméra sur trépied suit toujours les personnages à travers les longs couloir qu'ils traversent et on a l'impression de découvrir ce qu'il y a devant en même temps qu'eux. Ça laisse place à bien des surprises. Les prises de vue, d'une à l'autre, sont gardées le plus longtemps possible pour à la fois illustrer le temps qui passe et la large étendue des salles.
Puisque le film traite surtout de la phobie des grands espaces et de l'isolement, cette technique réussit à merveille. Puis il y a l'éclairage. L'hôtel ne tombe jamais dans la pénombre. Cette lumière ambiante artificielle nous plonge un peu plus profond dans le malaise qui innonde Jack à chaque minute. On nous indique à plusieurs reprises combien de temps a passé depuis la dernière scène en commençant, au début, par la saison, puis le mois, la journée et enfin les heures. Ce compte à rebours nous le fait deviner ; tout ça ne finira pas bien.
Des centaines d'esprits hantent le château mais ce ne sont pas des fantômes ni des gens morts sur les lieux. D'après que j'ai pû comprendre (et personne n'aura la même interprétation), le cimetière sur lequel est bâtit l'hôtel absorbe les souvenirs de l'hôtel et les amène se reproduire sans arrêt durant la saison morte. Ça serait également la raison pour laquelle Jack se fait influencer au point de vouloir assassiner sa famille, ce qui avait déjà été fait dans l'histoire de l'endroit.
C'est difficile d'en comprendre quelque chose et même le livre n'en fait que vague référence. C'est parce ce n'est jamais expliqué que ce film est si mystérieux. Le shining (un mélange entre la théorie du 3ième oeil et celle de la télépathie), les esprits de personnes toujours vivantes prises dans le temps, le cimetière indien et "Tony", un esprit qui se manifeste dans le doigt de l'enfant de Jack, se combinent pour offrir un conte macabre sur les phénomènes inexpliqués.
Un immense labyrinthe de haies, un ascenseur dont s'écoule une mer de sang et Jack Nicholson abattant une porte de salle de bain à la hache n'ont laissé personne indifférent et ont marqué le cinéma d'horreur. Peu ont osé calquer ce chef d'oeuvre à ce jour et le cinéma s'en porte mieux ainsi. Les points négatifs sont en petit nombre et rares sont ceux que The Shining ne satisfait pas. Il est vieux mais efficace. Les performances de Shelley Duvall sont peut-être le flanc faible de The Shining. Elle agît comme le ferait une femme faible et soumise. Le problème c'est qu'elle devient atrocement laide quand elle pleure. Elle se crispe et se tortille à en faire peur. Ce n'est pas qu'un simple détail parce qu'elle constitue le tier des personnages principaux. Mais n'est-ce pas plus réaliste et plus marquant de cette façon? Elle aurait pû être une brave héroïne mais le film en aurait souffert. Son rôle soumissif est parfaitement approprié pour la terreur que ce classique inspire à chacune de ses secondes.
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